Les techniques de la chirurgie faciale évoluent-elles ?
De manière spectaculaire ! Tout d’abord dans l’ostéosynthèse où le perfectionnement des imprimantes 3D permet d’obtenir du matériel « sur mesure ». Les ostéotomies aussi bien au niveau de la face que sur les sites donneurs d’os sont maintenant préparés par ordinateur de manière virtuelle avant la chirurgie.
En effet, auparavant, lorsque nous souhaitions effectuer une reconstruction de parties osseuses manquantes par un lambeau composite osseux (essentiellement le péroné) cela se faisait un peu au pifomètre de manière très artisanale. Il fallait avoir, non seulement une main de chirurgien, mais aussi un oeil de sculpteur !
On voit tout de suite l’énorme avantage que cette technologie procure :
- On diminue les séquelles sur le site donneur du lambeau
- On insère très rapidement une pièce parfaitement ajustée, ce qui réduit considérablement le temps opératoire et qui garantit un résultat proche de la perfection.
Les résultats osseux sont en outre excellents.
Les matériaux utilisés sont ils différents ?
Ces matériaux sont biocompatibles, tout comme pour un implant dentaire ou pour un clou centro-médullaire. On peut même parfois utiliser ces matériaux seuls pour la voûte crânienne comme l’ont montré récemment une équipe néerlandaise de manière spectaculaire.
Êtes-vous (à nouveau) à l’origine de cette innovation ?
Non. Il s’agit de technologie connue depuis plusieurs années mais elle peut être utilisée de manière beaucoup plus démocratique et rapide. Elle a même été utilisée récemment par le Dr Eduardo Rodrigues (New York University) pour une greffe de face.
Qu’en est-il des parties molles ?
L’apport des parties molles pour restaurer les volumes n’obéit pas à de mêmes règles trigonométriques, hélas ! L’ordinateur ne
permet pas de prévoir le modelage des parties molles. Les imprimantes 3D biologiques nous permettront peut être un jour d’avoir
des tissus vivants sur mesure mais nous n’en sommes pas là! Certes, les perspectives qu’offrent les greffes adipocytaires sont
immenses et ces greffes sont en passe de devenir des procédures standard, utilisées en particulier pour les malformations . Non
seulement elles servent à combler les volumes, mais elles sont auto-régénératrices, apportant ainsi des solutions durables. Pourtant, il est difficile d’estimer les compressions auxquelles ces greffes seront soumises, ne serait-ce que
par le procédé d’extraction et de traitement de ces parties adipocytaires récupérées dans les masses graisseuses : décantation,
centrifugation, lavage… N’oublions pas qu’il s’agit de corps vivants dont les réactions peuvent être imprévisibles. C’est donc au chirurgien, aidé de toute son expérience, d’anticiper les évolutions probables des parties molles insérées. Aucune machine ne peut l’y aider.
La machine ne remplace donc pas l’homme ?
Tant s’en faut ! Les progrès technologiques ont beau dépasser la fiction, comme on vient de le voir, il faudra toujours l’expérience, l’intuition et le savoir-faire du chirurgien. La profession n’est pas menacée !